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31.12.2007
J.K - Nous ne savons pas si nous sommes riches...
Le monde est un bon endroit,
nous mettons tout en œuvre pour y échapper par le culte,
la prière,
nos amours
et nos peurs.
Nous ne savons pas si nous sommes riches ou pauvres,
nous ne sommes jamais allés en profondeur en nous-mêmes
et n’avons découvert ce qui est.
Nous existons à la surface,
satisfaits de si peu,
et rendus heureux et malheureux par de si petites choses.
Nos petits esprits ont de petits problèmes
et de petites réponses,
et c’est ainsi que nous passons nos journées.
Nous n’aimons pas,
et quand nous le faisons c’est toujours avec la peur et la frustration,
avec la peine et la nostalgie.
Lettres à un jeune ami -
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30.12.2007
J.K - Qu’est-ce que c’est qu’être centré sur soi ?
Quand êtes-vous conscients d’être le « moi » ?
Comme je l’ai souvent suggéré au cours de ces entretiens,
ne m’écoutez pas simplement verbalement,
mais utilisez les mots comme un miroir dans lequel vous voyez votre propre esprit en activité.
Si vous écoutez simplement mes mots, alors vous êtes très superficiel,
et vos réactions seront très superficielles.
Mais si vous pouvez écouter,
non pas pour me comprendre ou comprendre ce que je dis,
mais pour vous voir vous-même dans le miroir de mes mots ;
si vous m’utilisez comme un miroir dans lequel vous découvrez votre propre activité,
alors cela aura un effet extraordinaire et profond.
Mais si vous écoutez simplement comme dans des conférences de politique ou de tout autre sujet,
je crains alors que vous ne manquiez l’implication entière de la découverte par vous-même de cette vérité qui dissout le centre du « moi ».
Œuvres collectées, Vol. VI - 321
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29.12.2007
J.K - "Vous travaillez dur…"
Vous travaillez dur… œuvrer pour que l’esprit soit libre est beaucoup plus ardu.
Vous travaillez dur pour votre vie quotidienne,
vous consacrez des années entières à cette affaire qui consiste à être dirigé pour gagner votre vie,
en supportant les insultes,
l’inconfort,
l’indignité,
la flagornerie.
Mais œuvrer pour que l’esprit soit libre est beaucoup plus ardu ;
cela requiert une grande pénétration d’esprit,
une grande compréhension,
une conscience large dans laquelle l’esprit connaît tous ses obstacles,
ses blocages,
ses mouvements d’aveuglement,
ses fantasmes,
ses illusions,
ses mythes.
Une fois que l’esprit est libre, il peut commencer à enquêter, à rechercher, mais pour un esprit, chercher alors qu’il n’est pas libre n’a pas de sens.
Est-ce que vous comprenez ?
L’esprit qui voudrait trouver la vérité,
Dieu,
cette extraordinaire beauté et la profondeur de la vie,
la plénitude de l’amour,
doit d’abord être libre.
Cela n’a pas de sens pour un esprit qui est mis en forme,
qui est conditionné,
tenu dans les limites de la tradition,
de dire
« Je cherche la vérité, Dieu ».
Un tel esprit est comme un âne attaché à un poteau :
il ne peut aller plus loin que la longueur de sa corde.
Œuvres collectées, Vol X - 164
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28.12.2007
J.K - 4/4 - "Le penseur réalise-t-il qu’il est limité, ou est-ce la pensée qui réalise qu’elle est limitée ?"
.../...
P : Je n’ai pas dit cela.
Je n’ai jamais dit que vous inventiez Dieu.
J’ai dit que jusqu’à ce point votre position est matérielle, logique, rationnelle ;
soudain vous introduisez un autre élément.
Krishnamurti : Non.
Regardez.
La pensée elle-même réalise
- pas le penseur qui pense qu’il ne peut pas,
et de ce fait postule une superconscience,
un moi plus grand,
Dieu ou ce qu’il veut
- mais la pensée elle-même réalise que tout mouvement qu’elle fait est à l’intérieur du champ du temps.
Alors que se passe-t-il ?
Alors la pensée devient complètement silencieuse
- c’est un fait observable,
que l’on peut tester.
Le silence n’est pas le résultat de la discipline.
Alors, que se passe-t-il ?
TRADITION ET REVOLUTION DIALOGUE 25 - BOMBAY 9 Février 1971 'DIEU'
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J.K - 3/4 - "Le penseur réalise-t-il qu’il est limité, ou est-ce la pensée qui réalise qu’elle est limitée ?"
.../...
Krishnamurti : Je réalise que la pensée et le penseur sont très très limités et je ne m’arrête pas là.
Le faire serait de la pure philosophie matérialiste.
Ce à quoi aboutissent beaucoup d’intellectuels de l’Est et de l’Ouest.
Mais ils sont toujours limités, et étant limités,
ils avancent mais restent liés à un pôle qui est leur expérience, leur croyance.
Maintenant, si je peux répondre à la question
- la pensée elle-même réalise ses propres limitations, alors qu’est-ce qui a lieu ?
Sachant que la pensée est énergie,
que la pensée est mémoire,
que la pensée est le passé,
le temps,
la souffrance,
alors qu’est-ce qui a lieu ?
Elle réalise que tout mouvement de pensée est la conscience,
est le contenu de la conscience,
et sans le contenu il n’y a pas de conscience.
Maintenant qu’est-ce qui a lieu ?
Est-ce observable, ou non ?
Je n’invente pas Dieu.
.../...
TRADITION ET REVOLUTION DIALOGUE 25 - BOMBAY 9 Février 1971 'DIEU'
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27.12.2007
J.K - 2/4 - "Le penseur réalise-t-il qu’il est limité, ou est-ce la pensée qui réalise qu’elle est limitée ?"
.../...
P : Voyez-vous Monsieur, c’est toute la question.
Si vous arrêtiez votre enseignement à ce point précis, je comprendrais.
Si vous l’arrêtiez à ce point,
disant que la pensée elle-même voit cela,
que les cellules cérébrales elles-mêmes voient cela et s’arrêtent là,
alors il y a une logique et une cohérence totale ;
mais vous poursuivez, allant au-delà de ce propos,
et vous ne pouvez plus utiliser aucun mot.
Appelez-le comme vous voulez,
mais la notion de Dieu est introduite à ce moment-là.
Krishnamurti : Je n’accepterais pas le mot « Dieu »
P : Vous nous amenez à ce point par le raisonnement, par la logique.
Vous ne nous laissez pas à ce stade.
Krishnamurti : Naturellement pas.
P : C’est le vrai paradoxe.
Krishnamurti : Je refuse de considérer cela comme un paradoxe.
F : La matière de quelque chose et sa signification ne peuvent pas être interchangés.
« P » mélange les deux.
Krishnamurti : Ce qu’elle dit est assez simple :
le penseur et la pensée - nous pouvons voir la logique entière de cela,
de ce que vous dites,
mais vous ne vous arrêtez pas là.
Vous poussez plus loin.
P : Dans une abstraction.
Je dis que la pensée et le penseur étant essentiellement un,
l’homme les a séparé pour son propre bien-être,
sa propre permanence,
sa sécurité.
Nous nous demandons si le penseur pense que la pensée est limitée et ainsi postule qu’il existe quelque chose au-delà,
parce qu’il doit obtenir la sécurité ;
ou si la pensée dit que quelque soit le mouvement aussi subtil, clair, raisonnable qu’il soit,
la pensée est toujours limitée.
Mais K ne dit pas cela.
K va plus loin, dans des abstractions.
.../...
TRADITION ET REVOLUTION DIALOGUE 25 - BOMBAY 9 Février 1971 'DIEU'
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J.K - 1/4 - "Le penseur réalise-t-il qu’il est limité, ou est-ce la pensée qui réalise qu’elle est limitée ?"
Krishnamurti : (...) Ainsi nous posons la question :
le penseur réalise-t-il qu’il est limité,
ou est-ce la pensée qui réalise qu’elle est limitée ?
Les deux propositions sont entièrement différentes.
F : Nous connaissons seulement un état de penseur qui pense des pensées.
Krishnamurti : C’est tout ce que nous connaissons.
Donc, le penseur dit invariablement que nous devons aller au-delà de la pensée ;
de ce fait il pose la question :
Peut-on tuer l’esprit ?
Est-ce que Dieu existe ?
F : Vous donnez une existence au penseur plutôt qu’à la pensée.
Krishnamurti : le penseur modifie, ajoute.
Le penseur n’est pas une entité permanente, tout comme la pensée n’est pas permanente,
mais c’est le penseur qui ajuste, qui modifie.
C’est important.
Je peux me tromper.
Il est important de découvrir si le penseur voit qu’il est limité,
ou si c’est la pensée en tant qu’idée – l’idée étant de la pensée organisée – qui pense qu’elle est limitée.
A présent, qui le dit ?
Si le penseur dit qu’il est limité,
alors le penseur dit qu’il doit y avoir quelque chose au-delà.
Alors le penseur dit qu’il doit exister Dieu,
qu’il doit y avoir quelque chose au-delà du fait de penser.
D’accord ?
Si c’est la pensée elle-même qui réalise qu’elle ne peut aller au-delà de ses propres limites,
au-delà de ses propres cellules cérébrales,
cellules en tant que matière cérébrale,
en tant que racine du mécanisme de la pensée ;
si c’est la pensée qui réalise cela, qu’est-ce qui a lieu ?
.../...
TRADITION ET REVOLUTION DIALOGUE 25 - BOMBAY 9 Février 1971 'DIEU'
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26.12.2007
J.K - "La peur n’est pas simplement à la surface de l’esprit"
Pour comprendre ce problème de la peur,
vous devez y entrer le plus profondément possible,
parce que la peur n’est pas simplement à la surface de l’esprit.
La peur ce n’est pas seulement être effrayé par votre voisin ou perdre un emploi ;
c’est beaucoup plus profond que cela,
et comprendre cela requiert une pénétration en profondeur.
Pour pénétrer profondément, vous avez besoin d’un esprit très aiguisé,
et l’esprit n’est pas rendu aiguisé par de simples argumentations ou évitements.
On doit entrer dans le problème pas à pas, et c’est pourquoi il est très important de comprendre ce processus entier de donner un nom.
Quand vous nommez un groupe entier de gens en les appelant Musulmans, ou ce que vous voulez,
vous vous débarrassez d’eux ;
vous n’avez pas besoin de les regarder comme des individus,
ainsi le nom,
le mot,
vous a empêché d’être un être humain dans une relation avec d’autres êtres humains.
De la même façon, quand vous nommez un sentiment,
vous n’observez pas le sentiment,
vous n’êtes pas totalement avec le fait.
Oeuvre collectées, Vol. XI - 151
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25.12.2007
J.K - "Etes-vous quelque chose en vous-même ?"
Interlocuteur : Si je n’ai aucune image de moi-même, alors je ne suis rien.
Krishnamurti : Mais êtes-vous quelque chose de toutes façons ? [Rires]
S’il vous plaît ne riez pas, c’est bien trop sérieux.
Etes-vous quelque chose en vous-même ?
Retirez de vous-même votre nom, vos titres, argent, position, votre petite capacité à écrire un livre et en être flatté – alors qu’êtes-vous ?
Ainsi pourquoi ne pas réaliser et être cela ?
Vous voyez, nous avons une image de ce qu’est n’être rien,
et nous n’aimons pas cette image ;
mais le fait réel de n’être rien,
quand vous n’avez pas d’image,
peut être entièrement différent.
Et c’est entièrement différent.
Ce n’est pas un état qui peut être réalisé en termes de n’être rien ou d’être quelque chose.
C’est entièrement différent quand il n’y a aucune image de vous-même.
Et n’avoir aucune image de vous-même exige une attention immense, un sérieux immense.
C’est uniquement celui qui est attentif, celui qui est sérieux, qui vit, pas les gens qui ont des images d’eux-mêmes.
Oeuvres collectées, Vol. XV - 196
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23.12.2007
J.K - 2/2 - "Puis-je regarder la vie - la vie toute entière - sans l’image ?"
.../...
Mais est-ce que je peux regarder - sans l’image - un être humain avec lequel je suis intime,
que je considère comme ma femme, mon mari, mon enfant ?
Si je ne le peux pas, il n’y a pas de véritable relation : la seule relation est entre les images que nous avons réciproquement.
Ainsi puis-je regarder la vie - les nuages, les étoiles, les arbres, la rivière, l’oiseau dans son vol, ma femme, mon enfant, mon voisin, cette terre entière
- puis-je voir tout cela sans l’image ?
Bien que vous m’ayez insulté,
bien que vous m’ayez blessé,
bien que vous ayez dit des choses méchantes à mon propos ou que vous ayez fait mon éloge,
puis-je vous regarder sans l’image ou la mémoire de ce que vous avez fait ou dit de moi ?
Oeuvres complètes, Vol. XVI - 169
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